Depuis 2018, le système d’information (SI) dédié aux achats Sémaphore est monté en puissance et est arrivé à la troisième étape de son déploiement. Après le test et la connexion avec l’écosystème vient la phase de l’intégration de nouveaux modules : un portant sur les modèles fournisseurs et des fonctionnalités d’intelligence artificielle (IA) notamment avec la montée de version de l’éditeur de logiciels français Ivalua. Dès le lancement de Sémaphore, un marché multi-éditeur a été conçu « pour permettre à n’importe quel groupement hospitalier de territoire (GHT) de rejoindre le projet Sémaphore quand il le désire », a rappelé Joël Gosse, chargé de mission SI achat et digitalisation à la DGOS le 4 décembre, lors des journées achats et logistique du Resah à Montrouge (Hauts-de-Seine).
Mais il alerte : quel que soit le SI, il faut travailler sur les prérequis — état des lieux, plan d’actions et audit — « et vérifier que chaque établissement du GHT a mis en œuvre une base minimale pour que le SI achat soit opérant ». Aujourd’hui, 39 structures d’achats — soit 24% des GHT — ont validé les deux premières étapes du déploiement et dix-huit GHT sont en production, auxquels se rajouteront quinze GHT et trois groupements de coopérations sanitaires (GCS) en 2026. Six GHT se sont engagés en 2025, dont le GHT Val-Rhône-Centre, dans la seule région que Sémaphore n’a pas encore atteinte, l’Auvergne-Rhône-Alpes.
Sémaphore V2
Joël Gosse précise la feuille de route Sémaphore V2 qui se déploiera dès 2026. « La dernière version d’Ivalua amène des fonctionnalités très importantes pour nous », indique-t-il. Chacun des GHT participe aux tests, ce qui permet de mutualiser les ressources et expertises, souligne le chargé de mission. Une des fonctionnalités, proposée à ceux qui le souhaitent, visera à faciliter la gestion fournisseurs stratégique — évaluation, sourcing, gestion du portefeuille. « Nous allons travailler sur différents cas d’usage, détaille Joël Gosse. Ce qui est important, c’est que nous ne faisons pas un proof of concept quelque part pour le reproduire partout. » L’autre fonctionnalité concerne l’intégration d’un chatbot appuyé sur l’IA pour faire des requêtes sur les bases de données.L’IA est un outil important pour la transformation des processus achat qui vont du besoin jusqu’à la facture. Le CHU de Montpellier (Hérault) par exemple a travaillé sur la vérification automatique de factures. Analyse prédictive, automatisation des processus et optimisation des coûts sont les trois piliers de l’IA pour la fonction achat, estime Joël Gosse. « Mais il faut que nous ayons des chefs d’orchestre dans un établissement qui connaissent tout le processus, et les acheteurs très bien placés pour mener ce type d’opération. »
Collaboration avec les éditeurs de Gef
La solution est interopérable avec l’écosystème GHT, notamment avec les trésoriers des établissements de santé, les structures d’achats nationales et régionales et les outils comptables des logiciels de gestion économique et financière (Gef) de l’ensemble des établissements. « Nous sommes aujourd’hui dans une phase collaborative avec les éditeurs de Gef pour faire avancer les besoins achats des hôpitaux », affirme Joël Gosse. Un flux permet par exemple d’envoyer les données et documents des marchés au trésorier de son établissement dès la notification, ce qui permet de repérer les erreurs et évite d’allonger le délai de paiement. Sémaphore est aussi basé sur l’interconnexion avec le profil acheteur Place mais l’instruction qui obligera tout hospitalier à l’utiliser se fait attendre. Le projet va donc s’ouvrir à d’autres profils acheteurs pour « ne pas réduire la performance de Sémaphore ».
S’adapter aux petits GHT
Un audit a été réalisé auprès des GHT. Ceux qui utilisent Sémaphore indiquent que les fonctionnalités conçuesrépondent aux besoins : sécurisation de la gestion du cycle de vie des marchés, planification des achats, simplification du partage des besoins entre établissements… La gouvernance nationale est aussi un atout pour favoriser le partage des bonnes idées. La mutualisation permet de fiabiliser l’interface avec les Gef alors que six éditeurs sont interconnectés, souligne Joël Gosse. Il note cependant une gouvernance régionale inégale et aussi une problématique dans les petits GHT où l’organisation projet diverge d’un établissement à un autre, avec un risque d’« essoufflement » faute de ressources suffisantes.
Les GHT hors Sémaphore se disent quant à eux freinés par le coût mais aussi un outillage en SI achat qui reste « très limité » et le fait que la solution soit inadaptée aux petits GHT de trois établissements et moins. « Nous travaillons à une évolution à ce niveau-là car 90% de leurs procédures achats sont gérées au niveau régional ou national, annonce le chargé de mission. Nous allons voir si nous pouvons réduire les coûts car ils font peu de procédures en interne. » Concernant le prix de la solution, Joël Gosse rappelle que « ce n’est pas le SI achat qui coûte cher mais les interfaces » qui représentent 70% du coût de mise en œuvre. Le coût total Sémaphore est ainsi moins cher pour un GHT de neuf établissements que pour un autre qui en a sept : « Il ne dépend pas que de la solution SI achat mais dépend aussi de l’écosystème SI achat. » Le modèle devrait donc évoluer pour pouvoir répondre aux attentes des petites structures et des établissements sociaux et médico-sociaux.
Des coûts réduits grâce à la mutualisation
Le coût du projet Sémaphore n’a pas changé depuis 2018. Joël Gosse donne l’exemple pour un GHT de six établissements. Sur quatre ans, le coût total supérieur s’élèverait à environ 268 000 euros (€), sachant que le logiciel coûte 62 000 € chaque année et que, la première année, la conception représente environ 20 000 € et l’accompagnement que finance la DGOS 195 000 €. Les coûts sont par ailleurs réduits grâce à la mutualisation des coûts d’interface au national (Gef compris). Seuls la maintenance des interfaces et les droits d’usage restent à la charge du GHT.

