Les hôpitaux et Ehpad publics réactivent la piste d’un fonds vert face au choc climatique

capture-decran-2016-12-02-a-16-10-06Publié le 08/09/2026 par Thomas Quéguiner
Article Hospimedia

Éprouvée par un été d’urgences climatiques avec des établissements sanitaires et médico-sociaux conçus pour le climat des années 1980, la FHF réclame un « changement de logiciel ». Elle appelle à créer un fonds vert à 1 Md€ par an et voter un soutien budgétaire renforcé avant la présidentielle pour pallier tout risque systémique sur la trésorerie.

 

Pour la FHF, le fonds vert n'a pas pour objectif de climatiser indistinctement chaque mètre carré mais de construire et rénover aujourd'hui des bâtiments sanitaires et médico-sociaux capables d'affronter le climat de demain. (Ugo Amez/Sipa)
Pour la FHF, le fonds vert n’a pas pour objectif de climatiser indistinctement chaque mètre carré mais de construire et rénover aujourd’hui des bâtiments sanitaires et médico-sociaux capables d’affronter le climat de demain. (Ugo Amez/Sipa) Droits réservés
 

Cinquante-deux jours de canicules intenses répertoriés cette année à la fin du mois d’août dans l’Hexagone. Plus de 7 300 décès en excès recensés durant ces mêmes périodes, sans surmortalité significative en Ehpad mais avec des situations concentrées au domicile. Quarante-cinq structures sanitaires et médico-sociales évacuées en Nouvelle-Aquitaine sous la menace des incendies, obligeant à déplacer plus de 2 500 patients ou résidents en moins de soixante-douze heures vers 680 établissements de la région avec l’appui de sept hubs médicalisés pour héberger les sinistrés… C’est un « tour de force humain et organisationnel » auquel a été confronté le système de santé durant cet été hors norme, a tenu à saluer le président de la FHF, Arnaud Robinet, dès l’entame de son point presse de rentrée ce 8 septembre à Paris.

Une médiane à 32 degrés aux urgences

Si les hospitaliers ont su répondre présent, « regardons l’avenir en face : notre parc hospitalier et médico-social a été pensé pour le climat de 1980. Or les dérèglements climatiques que nous redoutions pour 2050 sont déjà là… », a-t-il ajouté. Face à cette réalité, « un changement de logiciel complet » s’impose, a insisté le responsable de la FHF. Nous ne pouvons plus qualifier chaque canicule d’exceptionnelle, constater ses conséquences humaines, saluer la mobilisation des équipes puis attendre l’été suivant sans rien engager. Il appartient maintenant aux pouvoirs publics de leur donner les moyens d’agir car ce qui est en jeu, c’est notre capacité collective à protéger des vies humaines. »

Même tonalité dans la bouche du président de Samu-Urgences de France, le Dr Yann Penverne, présent au côté du responsable hospitalier. « Nous demandons aux pouvoirs publics, aux institutions et finalement à tous les candidats à l’élection présidentielle de pouvoir s’engager dès aujourd’hui pour que 2026 soit la dernière année où l’on constate que, chaque été et chaque hiver, le système n’était pas prêt. » Exemple parmi tant d’autres de ces signaux d’alerte remontés du terrain : la température médiane mesurée dans les services d’urgences ayant répondu au bilan estival annuel dressé par le syndicat d’urgentistes atteint 32 degrés Celsius, « ce qui préjuge parfois de températures bien évidemment supérieures ».

Pour adapter les établissements aux conséquences du changement climatique et accélérer leur transition écologique, la FHF réactive ainsi sa demande déjà soulevée par le passé auprès d’Élisabeth Borne lorsqu’elle était Première ministre (2022-2024) de créer un fonds vert d’un milliard d’euros (Md€) par an dès 2027 (lire l’article Hospimedia). Cette somme s’entend hors objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam). Elle aurait trois fonctions : engager les travaux d’adaptation déjà identifiés (isolation thermique, protections solaires, ventilation et rafraîchissement des locaux) ; améliorer les projets de construction ou rénovation déjà programmés ; acquérir avant les premières chaleurs de l’an prochain les solutions de production de froid décarbonées (réseaux de froid, géocooling, thermofrigopompes, etc.) et autres équipements fixes ou mobiles de rafraîchissement et de climatisation.
Pas question toutefois de sombrer dans la gabegie vu le contexte budgétaire actuel. « Il ne s’agit pas de climatiser indistinctement chaque mètre carré, a tenu à souligner Arnaud Robinet. Ce qui doit être rafraîchi doit l’être, ce qui doit être climatisé doit l’être en priorité là où se trouvent les patients et les résidents les plus fragiles. » À cela s’ajoute un principe simple à adopter pour ne plus « mettre un pansement sur une jambe de bois » en continuant à climatiser une passoire thermique sans la rénover : faire en sorte que tout projet immobilier autour d’un établissement sanitaire ou médico-social public intègre « dès sa conception » l’adaptation au changement climatique et la transition écologique. Il s’agit ainsi de « construire et rénover aujourd’hui des bâtiments capables d’affronter le climat de demain ».

Des réserves épuisées par les déficits

Difficile cependant d’aller de l’avant pour espérer « programmer l’avenir » sans sécuriser dès à présent la trésorerie des établissements. Or sur ce point, un « risque systémique » apparaît en additionnant les exercices déficitaires passés (1 Md€ en 2022, 2 Md€ en 2023, 2,9 Md€ en 2024 et possiblement encore 2,3 M€ en 2025), prévient la déléguée générale de la FHF, Zaynab Riet. « Celui d’établissements confrontés à de graves difficultés pour honorer leurs échéances et d’entreprises qui, faute de visibilité, sans paiements stabilisés ou suffisamment rapides, renonceraient à répondre aux marchés publics hospitaliers. La conséquence serait très concrète : moins d’entreprises candidates, des marchés plus coûteux, des travaux retardés et des approvisionnements fragilisés. » Ces déficits cumulés épuisent les réserves et pèsent sur les capacités d’investissement.

Pour preuve, la FHF observe une augmentation continue du délai moyen de paiement des fournisseurs, passé de 53 jours en 2020 à 68 jours en 2025, soit huit jours de plus rien que depuis 2024. À cela se greffe la hausse des dettes sociales et fiscales, en particulier le principal impôt des établissements publics de santé qu’est la taxe sur les salaires. Enfin, le taux d’investissement de ces mêmes hôpitaux amorce un repli en 2024 et 2025, passant même sous les 5% l’année dernière, très loin des 7 à 9% de la cible idéale qui englobe justement l’adaptation climatique mais aussi les investissements innovants, note la responsable du pôle offres de la fédération hospitalière, Cécile Chevance. Il faudrait 3 à 5% sur l’investissement courant et 4% pour les opérations majeures (rénovations lourdes et reconstructions). Pour sécuriser la trajectoire financière, les débats budgétaires de l’automne sont déjà dans toutes les têtes (lire l’encadré).

L’exécutif attendu au tournant sur l’Ondam 2027

À sept mois de la présidentielle, le projet de loi de financement de la sécurité sociale ne doit pas s’apparenter à un « budget d’attente », met en garde Zaynab Riet. La déléguée générale de la FHF appelle par conséquent le Gouvernement à « sécuriser l’année à venir, conforter le rôle de meneur de l’hôpital public et redonner aux établissements des capacités d’investissement ».

Pour la fédération hospitalière, cela nécessite une croissance de l’objectif national des dépenses d’assurance maladie à 3,9% pour son volet établissements de santé (dont 0,7% pour couvrir la revalorisation des seules cotisations retraite des établissements publics) et à 4,3% pour le médico-social, dont 4,8% côté personnes âgées et 3,6% dans le champ du handicap. Elle réclame en plus dès cette année la restitution au médico-social des 215 millions d’euros de crédits gelés au titre de la mise en réserve prudentielle et leur fléchage exclusif vers un soutien aux structures en difficulté.

Quant au scrutin présidentiel, la FHF demande à tous les candidats de s’engager à faire adopter « dès l’automne 2027 » ces deux lois de programmation sur la santé et le médico-social qu’elle réclame de longue date (lire l’interview Hospimedia).

* L’Inspection générale des affaires sociales évalue entre 27 et 67 Md€ le coût des investissements nécessaires à la rénovation énergétique des établissements sanitaires et médico-sociaux publics entre 2025 et 2050, soit entre 1 et 2,5 Md€ par an.

 

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