L’Institut Montaigne cartographie les besoins de santé pour proposer des évolutions

capture-decran-2016-12-02-a-16-10-06Publié le 25/08/2022 par Perrine Debacker
Article Hospimedia

La politique sanitaire doit être pilotée non par l’offre mais par les besoins de santé selon l’Institut Montaigne. Il s’appuie sur une cartographie inédite pour émettre 15 propositions concernant la gouvernance et l’organisation du système de santé.

Afin de souligner les difficultés du système de santé français et de mieux conforter ses propositions d’évolution, l’Institut Montaigne s’appuie sur des données qualitatives et quantitatives de santé. Dans sa dernière publication parue en mai (à télécharger ici), le laboratoire d’idées a cartographié la France selon des catégories inédites. Sept groupes sont identifiés : bien-portants, désavantagés, dynamiques, enclavés, ruraux, ultramarins et vulnérables. Son objectif : « mettre en lumière les possibles inadéquations entre besoins et dépenses de santé » par département. La carte de France accessible en ligne met en évidence des variations fortes des dépenses de santé par habitant au sein d’un même groupe.

L’institut prend l’exemple de l’Ille-et-Vilaine comparée à l’Isère, tous deux dans le groupe des « bien-portants », c’est-à-dire avec une population en moyenne plutôt jeune, rurale et favorisée dont les besoins de santé sont relativement bas mais où l’exposition à la pollution nuit à l’état de santé d’une partie des habitants. À besoin de santé comparable, le premier département a des dépenses de santé par habitant de 1 770 euros contre 2 150 euros par habitant dans l’Isère. De la même manière, elles représentent 2 052 euros dans la Drôme contre 2 767 euros dans les Bouches-du-Rhône, alors que ces deux départements sont considérés comme « désavantagés ». Pour le think tank, cet exercice de cartographie démontre « l’impératif de mobiliser les données de santé pour identifier les besoins locaux de santé et mieux y répondre« .

La cartographie départementale des dépenses et besoins de santé, par l’Institut Montaigne avec Kanopy Med considère sept groupes de population.

Faire le pari des territoires

Face à ce travail de cartographie qui reflète « un pilotage de la politique sanitaire par l’offre et non par les besoins de santé« , l’institut souligne que le système de soins peut s’avérer inéquitable en cas de sous-utilisation des ressources, et inefficace en cas de sur-utilisation. Dans le cadre du nouveau quinquennat, le think tank formule donc des recommandations, notamment concernant les leviers d’action des acteurs locaux de santé. Plusieurs points sont mis en avant :

  • une meilleure répartition des responsabilités et des champs d’action entre les échelles territoriales pour l’émergence d’un service public de santé territorial, s’appuyant sur des données pertinentes et actualisées ;
  • une plus grande perméabilité entre les acteurs et les statuts, le sanitaire et le social, pour lever les freins et libérer les initiatives, les collaborations et les partenariats ;
  • un pilotage organisé des innovations en santé et de ses acteurs économiques et scientifiques, pour rendre possible leur émergence, leur passage à l’échelle, leur diffusion et in fine leur utilisation ;
  • une meilleure prise en compte de la prévention et de la promotion de la santé ;
  • la mise en place d’une vision de long terme et une meilleure structuration de la filière de santé, pilotée par l’échelle nationale.

L’Institut Montaigne détaille dans son rapport ses quinze propositions. Il s’agit notamment de refonder la formation des professionnels de santé « pour favoriser l’approche globale de la santé« , simplifier les statuts des groupements hospitaliers de territoire (GHT) ou encore assurer l’interopérabilité des systèmes d’information. Le think tank recommande également de faire vivre la démocratie sanitaire à l’échelle des territoires, de renforcer le poids des élus locaux au sein des ARS, de construire des budgets de santé régionalisés et de « s’inscrire dans une perspective européenne afin de consolider l’innovation en santé« .

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